Témoignages

Premier de cordée

Avec cette édition en 2009 du célèbre roman de Frison-Roche, les éditions Guérin publiaient le centième livre de leur collection. A l’heure où nous mettons en ligne cette nouvelle « Note de lecture » nous fêtons aussi la centième, d’où un petit clin d’œil, en toute modestie il s’entend, fait à cette maison d’édition qui nous a habitué à de très beaux livres avec cette couverture rouge.

Le roman de Frison-Roche est magnifié avec de très belles photos d’époque et des gravures qui permettent de se replonger tout autant dans le récit que dans cette atmosphère des années 20-30. C’est un vrai bonheur teinté d’émotion que de voir les Drus, la mer de glace, le village de Chamonix et les protagonistes de cette époque évoluer dans des voies qui vont devenir mythiques avant pour certaines de disparaître….

 

Premier de cordée. Roger Frison-Roche. Édition Guérin. 2009.


Les grandes premières du Mont-Blanc

J’apprécie beaucoup cet auteur donc j’ai lu plusieurs ouvrages avec toujours beaucoup de plaisir.

Si je vous présente ce livre, cela est moins par cette évocation très bien contée des grandes premières du Mont-Blanc que par une sorte d’expérience commune vécue ! Il se trouve qu’à l’occasion  de l’évocation d’une de ces premières, il décrit le comportement de certains de ses compagnons d’escalade.  Compagnons qui sont aussi des guides encadrant des stages auxquels j’ai eu le privilège de participer et de me confronter aux mêmes types de comportements que ceux décrits par Gilles Modica, un hasard parfois troublant.

Il y a toujours une raison plus ou moins cachée ou enfouie dans ma mémoire et mon parcours d’alpiniste qui me pousse à vous parler d’ouvrages qui m’ont plus particulièrement émus en espérant que vous éprouverez, vous aussi, à leurs lecture, des émotions et des souvenirs.

 

Les grandes premières du Mont-Blanc. Gilles Modica. Parution octobre 2011. Editions Guérin.


Les conquérants de l’inutile

En 2020, A l’ occasion des 25 ans des éditions Guérin, ce beau livre au titre si célèbre a été réimprimé dans sa version illustrée.

Il n’est pas inutile de lire et redécouvrir, surtout pour les jeunes générations d’alpinistes et grimpeurs, ce que fut la vie de ces grands alpinistes qui nous ont précédés. Si la dernière phrase de Lionel Terray, en fin du livre,  est magnifique et si connue, l’introduction en page 3 est tout aussi sensible en posant le décor d’une vie passée à arpenter la montagne mais aussi à y vivre dans la rudesse d’une époque troublée par la guerre. Les illustrations, schémas et photos sont aussi et surtout à l’aulne du changement climatique un véritable témoignage sur ce monde de la haute altitude qui s’est évanoui pour toujours.

 

Les conquérants de l’inutile. Lionel Terray. Edition illustrée 1995, réimpression 2020. Editions Guérin.

 

En découvrir plus sur le livre dans la chronique de Montagne Magazine


Au-delà de la verticale

C’est un livre plein d’humour et de petites phrases sous forme de sentence pour nous rafraîchir les vérités fondamentales de l’alpinisme qu’un de mes plus fidèle compagnon de cordée aimait à me conter à chaque relai lors de nos escapades alpines et dont la plus partagée fut celle-ci :« Mieux vaut un piton de plus qu’un homme de moins….surtout si cet homme c’est moi ». 

Mais il ne faut pas passer sous silence cette très belle histoire, d’une folle modernité, d’un homme et d’une femme qui partage en couple des ascensions, je ne résiste pas à citer ces quelques mots du Grec :

« S’ils savaient (certains de ses amis) ce que cela représente que de grimper des journées entières avec un mètre cinquante de faible femme ignorant la difficulté, la fatigue, la peur, le froid, la faim, la soif, alors que LUI est fort sensible à ces désagréments ! »….Quand l’humour et la modestie font ménage ensemble : Livanos n’était pas seulement un excellent alpiniste !

 

Au-delà de la verticale. Georges Livanos. Editions Guérin. 2014.

 

Découvrir Georges LIVANOS au travers d'un site qui lui est consacré.


Le routeur des cimes

Si le routeur météo est connu médiatiquement lors des grandes courses transatlantiques à la voile, le recours à un prévisionniste en montagne est plus méconnu. A travers un dialogue animé par une journaliste à France3 Alpes, Françoise Guais, Yan Griesendanner nous conte son aventure professionnelle depuis ses premiers routages jusqu’à celui de la dernière expédition de Jean-Christophe Lafaille. 

Des explications sur la météo et des témoignages parfois poignants avec ce sentiment de responsabilité et aussi cette forme de culpabilité, que certains laissent entendre face à certains drames d’alpinistes, sont évoqués avec sincérité.

« Ce troisième de cordée », comme il se définit, nous livre ses états d’âme et de belles histoires d’amitiés avec le « gratin » de l’alpinisme.

 

Le routeur des cimes. Yan Giezendanner et Françoise Guais. Edition Paulsen collection  Guérin; 2007.


Carnets d’estives - Des Alpes au Chiapas

De longues phrases langoureuses, suaves pleines d’émotions et de coups de colère nous emmènent dans les alpages et le désert. L’auteur nous fait partager sa vision du monde et  de l’écologie confrontée à nos quotidiens de consommateurs, en empruntant les sentiers  de l’aide-berger et ses périples lointains en vélo. 

Sa belle description du travail en alpages de l’aide-berger ne peut laisser insensible. Elle  est touchante tout en offrant un réalisme et en nous faisant découvrir celle ou celui qui accompagne le berger. La nature n’en est pas pour autant sacralisée ni rêvée belle lorsqu’elle reste vierge de toutes influences humaines, mais remise au centre des conflits humains de toutes sortes.

Un beau témoignage.

 

Carnets d’estives. Des Alpes au Chiapas. Pierre Madelin. Les Editions Wildproject, 2021.


Vol au-dessus de l'Himalaya

Jean-Yves, dit « Le Blutch  » pour les intimes et les vosgiens qui ont partagé avec lui un bout de chemin, nous livre trois aventures à travers son récit. Une aventure dans le ciel, les nuages et la haute altitude où le vent, la brume, les ascendances et les turbulences en font un voyage extraordinaire. Une deuxième aventure terrestre dans laquelle les chiens et les hommes hurlent autant que les armes et la guerre, mais aussi, offrent tant  de moments de partages, d’amitiés et de joies dans un ballet sans cesse renouvelé où il faut «  s’ouvrir, aimer, quitter perpétuellement ».

Enfin, une aventure intérieure qui déborde de sincérité, de finesse et d’intimité dans cet amour pour sa famille si fort et cette irrésistible besoin de partir pour se retrouver avec soi-même. Cet aller-retour dans lequel l’on quitte celles et ceux que l’on adore pour mieux les retrouver et les requitter. 

Les alpinistes nomment ce territoire de leurs exploits « l’autre monde » et il est si difficile à concilier  avec le quotidien de la vie, nous en avons toutes et tous été victimes. Qu’un grand aventurier en parle avec ses doutes remettant ainsi en perspective la simple vie de l’être humain avec les mythes du héros de la montagne, a quelque chose de terriblement et profondément touchant.

 

Vol au-dessus de l’Himalaya. Jean-Yves Fredriksen. Editions Paulsen, 2018. Collection Guérin.


A la verticale de soi

Il est parfois délicat de parler d’un livre tant sa lecture vous touche. Dans le cas présent, c’est par cette délicieuse grâce d’avoir en face de vous une jongleuse de mots qui grimpe à la recherche de sa vie. 

Une vie de jeunesse, de fougue et du temps qui passe avec un corps qui vieilli tout en permettant d’accepter ce parcours pour en mesurer certaines difficultés : «  La célébrité, cette désagréable impression d’exister sans vivre. Il est décidément plus facile de devenir quelqu’un que d’être soi ». 

Dans un de ses derniers chapitres, « Aventures intérieures », l’autrice évoque ces sentiments d’incomplétude et d’acceptation de son corps qui ne sont pas si évident à décrire. « Après avoir exploré les parois du globe, j’aspirais à plonger dans les profondeurs de l’être, plus vertigineuses peut-être… ». L’explication est dans ce titre si beau : « A la verticale de soi » que  la dernière phrase  résume à merveille. « Ainsi, grimper rejoignait l’essentiel de la vie…..L’amour et l’espérance ».

 

A la verticale de soi. Stéphanie Bodet. Edition Paulsen 2016. Collection Guérin.


La Catastrophe ou la vie - Pensées par temps de pandémie

Je ne pouvais pas passer sous silence tout ce que nous avons vécu et continuons à vivre avec cette pandémie. Quelle lecture était la plus intelligible pour témoigner de cette épreuve ? Je suis tombé, par le hasard qui offre à celui qui cherche, sur le livre de Jean-Pierre Dupuy à la faveur  de l’une de ses interventions radio : L'heure bleue

 

Le livre est aussi facile et difficile à lire que ses propos à écouter comme lors de  cette émission de laure Adler, L’heure bleue. 

J’ai choisi ce texte, à dessein, car il  part et arrive, à la fois, au même point que nous les alpinistes, skieurs hors-piste et parapentistes. Souvent nous pensons que « nous avons eu du bol », mais en fait en étant « ni trop près, ni trop loin du trou…ou bien être à la fois proche et distant de l’abîme »  nous nous protégeons en ce sens que cela nous force à croire en la catastrophe afin de savoir quelle précaution prendre pour « préserver l’espoir de vivre ». 

Sur ce coup - celui de cette pandémie - « il n’y a pas à conclure sauf à dire que collectivement, nous n’avons pas été à la hauteur ». Nous qui utilisons de plus en plus de matériel sophistiqué, modifions nos techniques dans nos pratiques en étant plus savants et responsables pour nous protéger et protéger les autres des  accidents probables qui peuvent arriver lors de nos sorties, nous n’en avons pas collectivement tiré de leçon ! « Il fallait comprendre que ce virus est fait de telle sorte que pour s’en protéger, il faut d’abord que les autres vous protègent…en ce sens qu’il nous enjoint de penser aux autres avant de penser à nous-même ». Cela même que nous mettons en pratique dans nos pratiques sportives, il aurait fallu  en faire autant dans nos vies de tous les jours.

« L’ambition de ce livre est modeste, mais le défi qu’il entend relever ne l’est pas. Il s’agit de comprendre comment, dans notre pays et ailleurs, tout un ensemble de gens intelligents et cultivés…ont pu et peuvent encore déraisonner au sujet de cette pandémie ». De quoi nous interroger et nous faire réfléchir…

 

La catastrophe ou la vie, pensées par le temps de pandémie. Jean-Pierre Dupuy ; Edition Le Seuil ; 2021


Promontoire

L’auteur nous offre une autre façon de témoigner de notre passion avec une écriture qui met en lumière le pratiquant anonyme loin de ces récits de narrations monotones d’exploits hors de portée ou des ouvrages techniques écrits par et pour les initiés uniquement !

Mêlant récit personnel « simple, débarrassé enfin de l’armure éreintante du héros », faisant appel à des souvenirs et à leurs confrontations avec les récits et écrits de grands alpinistes, nous découvrons ce lien qui unit tous les alpinistes quels qu’ils soient. Les émotions, les travers, les non-dits, les joies et les tristesses, les remords…Tout ce qui fait de ce rêve de montagne un rêve humain, terriblement humain, dérisoire, obstiné, pitoyable et si beau, si émouvant car profondément humain.

 

Promontoire, Alain Nesme ; édition L’Harmattan ;2020

 


Petzl : la promesse des profondeurs

Sortie du fond des gouffres, voici une saga familiale et entrepreneuriale dont chacun d’entre nous trimballe sur son harnais quelques objets au fil du temps. C’est aussi l’histoire de l’invention de ces engins issus de la spéléologie et qui à force d’ingéniosité, ont, pour certains, conquis les sommets.

D’un atelier familial à l’entreprise du XXIème siècle, avec une fondation au service de la recherche et un bâtiment d’expérimentation très impressionnant, le groupe Petzl est devenu le  leader mondial du matériel de la verticalité. Cerise sur le gâteau, il nous offre la possibilité de charger gracieusement le livre qui retrace cette histoire :

 

https://www.petzl.com/FR/fr/Sport/Downloads-eBooks/telecharger-livre-Petzl

 

Petzl, la promesse des profondeurs, Sophie Cuenot & Hervé Bodeau, édition Guérin, 2012.

https://www.editionspaulsen.com/petzl-la-promesse-des-profondeurs-1821.html


Sport & Vie

La littérature alpine est devenue un genre autonome et nous livre de plus en plus de beaux romans, livres techniques, BD, témoignages et autres. Vouloir suivre cette effervescence est devenu difficile, c’est pourquoi aujourd’hui je vais me tourner vers des revues qui nous présentent des livres. Alors il y a bien évidemment les revues classiques, Vertical, Montagne Magazine, Grimper et notre revue fédérale : La Montagne et L’Alpinisme ; mais j’ai voulu faire dans l’original parler d’une revue qui nous parle de l’Alpinisme que de temps en temps : Sport et Vie !

 

Dans le numéro 181 de juillet/Août 2020 un article sous forme d’interview nous présente Stéphanie Bodet et Arnaud Petit avec leurs aventures communes, leurs réflexions sur leurs pratiques, leurs lectures préférées et les livres qu’ils ont écrits. De quoi faire un bon tour de la question d’autant que Stéphanie Bodet nous le dit « …Avant de partir en voyage, je mets plus de soin à choisir quels compagnons de papier emporter que mon matériel d’escalade » ! Se nourrir autant d’escalade que de lecture pour assouvir sa passion, une démarche que je trouve passionnante. Et vous ? 



Tragédie à l'Everest - Le livre et le film

J’ai résisté assez longtemps avant d’aller voir ce film, septique sur la réalisation de cette super production, suivant par là même, l’interrogation d’un magazine de montagne : faut-il  aller voir « Everest » ?

 

Dans la salle, lunettes 3D sur le nez, j’ai apprécié les vues aériennes, mais surtout cela m’a donné l’irrésistible envie de lire le livre du journaliste Jon Krakauer que j’avais oublié sur mes étagères….

Ma foi, l’un ne va pas sans l’autre : les images époustouflantes d’un côté, le récit-témoignage de l’autre. Les imprécisions du scénario laissent de multiples questionnements qui  trouvent dans les souvenirs (sujets à polémique) du livre des explications à défaut d’une vérité qui ne peut être qu’illusoire car baignée par les ambitions  des protagonistes. Une aventure humaine « mixture de misère et de rêves »(1) comme une forme de « ratage bouleversant »(1) de l’obstination humaine.

 

(1) : 101 expériences de philosophie quotidienne, Roger-Pol Droit, Edition Odile Jacob,2002

 

 

Tragédie à l’Everest, Jon Krakauer, Edition Presse de la Cité, mars 1998.

 



SOLOS - Christophe Moulin

 

Un petit livre rouge des Editions Guérin.

Il y a longtemps que j’ai lu ce livre. Il est posé sur une étagère et je ne fais plus que voir son titre gravé sur la tranche de la reliure.

Je n’en évoquerai que les souvenirs qu’il me reste après sa lecture : une impression de grande sensibilité et une écriture humble avec beaucoup d’humilité…Quelque chose de simple par nature que je n’avais pas ressenti dans les ouvrages d’autres  grands alpinistes.

Un chapitre me revient à l’esprit : celui dans lequel Christophe Moulin conte son ascension de la voie Demaison sur le pilier du pic de Bure. Une sorte de montée vertigineuse et tourmentée vers les cieux et les étoiles dans tous les sens du terme, puisqu’il se refugie à l’observatoire au sommet du pic. Une sorte d’allégorie  de l’ascension de l’homme à travers les âges vers une conscience plus éclairée, une allégorie de ce que chaque homme vit, à la recherche d’un but pour son existence, une allégorie pour  chaque grimpeur qui un jour s’est confronté à une aventure verticale et qui ont tous ressenti que pour eux, « cette journée était unique, mais….pour la plupart des gens, il ne s’était effectivement rien passé de neuf sous les étoiles »…Ni sur terre….

Mais voilà, pour écrire ces quelques lignes, le livre est sur mes genoux. J’ai, en quelque sorte, triché ! Je ne vous parle plus de mes souvenirs de lecture. De temps à autre, mes doigts quittent les touches du clavier pour  le feuilleter. Mais oui, il y a aussi ce passage dans lequel….Et celui-ci…Toujours avec autant de sincérité. J’arrive ainsi à la dernière phrase. Je la lis, la relis. Je ferme l’ouvrage…Mais, je caresse toutes les pages et m’arrête à nouveau sur la dernière ligne : l’aventure est finie. 

Un petit coup d’œil au site des Edition Guérin ?

 

Solos, Christophe Moulin, Edition Guérin, Chamonix,2005